La terre de chez nous
Le 27 novembre, les partenaires du programme Careli organisaient une table ronde au laboratoire Chrono-Environnement de l’Université Marie et Louis Pasteur. Cet événement marquait une étape clé du programme CARELI, engagé depuis 2019 dans une démarche inédite de recherche-action sur la gestion du renard roux (Vulpes vulpes).

Un programme collectif dans une approche One-Health pour éclairer les politiques publiques
Porté conjointement par des acteurs des mondes agricole, de la chasse, de la protection de l’environnement et de la recherche scientifique, le programme CARELI vise à évaluer les effets de la “protection” du renard comparée à son classement comme espèce susceptible d’occasionner des dégâts (ESOD) et gibier chassable. Ce programme est cofinancé par le Conseil Régional de Bourgogne Franche-Comté, le Commissariat à l’aménagement du Massif du Jura via le FNADT, la DRAAF et la DREAl Bourgogne Franche-Comté ainsi que l’ARS Bourgogne Franche-Comté. Cette initiative transdisciplinaire, menée sur le département du Doubs, interroge la manière dont les politiques publiques de gestion de la faune peuvent intégrer des approches plus concertées et adaptatives, en les fondant sur la preuve scientifique.
Autour d’une question centrale : « Quelle contribution la démarche CARELI peut-elle apporter à l’évolution des politiques publiques de gestion de la faune sauvage ? », la table ronde réunissait Stéphanie Modde, vice-présidente du Conseil Régional de Bourgogne Franche-Comté, Jean-Maurice Boillon, président de la Fédération des Chasseurs du Doubs, Hélène de Kergariou, Commissaire de Massif du Jura, Patrick Ferrandiz, vice-président de France Nature Environnement Doubs, Cyrille Arguedas, administrateur et responsable chasse et faune sauvage à la FDSEA du Doubs et Daniel Gilbert, professeur d’écologie et directeur de la Zone Atelier Arc Jurassien.

Des premiers résultats éclairants sur les élevages avicoles
Les résultats issus d’un suivi de près de quatre années, portant sur 231 poulaillers et plus de 10 000 volailles, montrent que le statut ESOD n'a pas conduit à une réduction significative du nombre de renards ou à des différences dans les taux de dommages sur les élevages avicoles entre les zones d’étude. Cette première publication du programme Careli conclut que la clé de la réduction des dommages repose avant tout sur la sécurisation des abris et des parcours extérieurs. Ces résultats plaident en faveur d’une gestion locale des dommages fondée sur la preuve et d’un accompagnement collectif des éleveurs, plutôt que sur la régulation des populations de renards dans le cadre réglementaire et des pratiques actuelles dans le Doubs.
Apports des sciences humaines : comprendre la controverse et faire vivre la coopération
Les travaux des sociologues impliqués dans le programme CARELI apportent un éclairage inédit sur la manière dont les débats autour du renard roux traduisent des tensions sociales, culturelles et symboliques liées à la place de la faune sauvage dans nos territoires.
L’analyse des représentations recueillies auprès de plus de quarante acteurs locaux (agriculteurs, chasseurs, environnementalistes, membres du programme) montre que le renard n’est pas seulement un enjeu écologique ou économique, mais aussi un révélateur des rapports que les humains entretiennent à la Nature

et entre eux. Autrefois perçu comme un « nuisible », le renard fait aujourd’hui l’objet d’une requalification : son rôle écologique dans la régulation des campagnols et son “charisme non-humain” suscitent de nouvelles formes d’attachement et de reconnaissance. Les sociologues soulignent cependant que ces évolutions ne suppriment pas les désaccords : elles déplacent la controverse vers des questions de gouvernance et de légitimité — qui décide de la gestion du renard, et selon quelles valeurs ?
De plus, les sociologues mettent en lumière la dynamique interne du consortium CARELI, qui associe depuis 2019 des acteurs dont les relations sont le plus souvent caractérisées par des situations de conflits concernant les modes de gestion de la faune sauvage. Cette coopération, fondée sur la connaissance mutuelle et l’établissement de relations de confiance, a permis la construction d’un “terrain d’entente” autour de la recherche et du dialogue. Les partenaires, initialement porteurs de visions parfois opposées, ont su transformer une controverse en espace d’expérimentation collective.
CARELI se distingue ainsi comme un laboratoire de gouvernance partagée, démontrant qu’une approche transdisciplinaire et coconstruite peut favoriser des solutions locales plus robustes et acceptées pour la gestion de la faune sauvage.
En amont, 2 réunions grand public délocalisées avaient eu lieu sur Pierrefontaine-les-Varans et Mouthe les 7 et 14 novembre. La Terre de Chez Nous a prévu de revenir sur le programme Careli de manière régulière au cours de l’année 2026 : affaire à suivre !
Geoffroy Couval, FREDON BFC.


