De nombreux particuliers habitant à proximité de champs récoltés - du colza dans la grande majorité des cas - ont constaté, lors d’étés chauds, des phénomènes de pullulation et d’agrégation de punaises aux abords des parcelles. Les insectes se regroupent dans les jardins, sur les façades et les toitures et peuvent parfois pénétrer dans les habitations, contraignant les occupants à maintenir portes et fenêtres fermées et à calfeutrer les voies d’entrée possibles.
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Plusieurs espèces de petites punaises granivores peuvent être responsables de ces pullulations. Elles appartiennent notamment aux familles des Lygaeidae et Rhyparochromidae et sont parfois désignées sous les noms de « punaises des champs », « punaises des céréales » ou plus souvent, « punaises du colza ». Les pullulations observées à proximité du colza comportent souvent de très nombreux individus juvéniles (appelés nymphes), ce qui rend leur identification à l’espèce particulièrement difficile.
Description
Les punaises du genre Nysius, majoritairement observées lors des signalements, mesurent environ 1 à 4,5 mm selon le stade. Les nymphes présentent un avant-corps à dominante gris-brun et un abdomen marron à rougeâtre. Elles passent par 5 stades nymphaux avant de devenir adultes. Aux stades les plus avancés, les ébauches alaires (futures ailes) deviennent visibles.

Parmi les signalements reçus en 2026, deux situations d’invasion étaient associées, en plus de Nysius sp., à une ou plusieurs autres espèces : des larves de Beosus maritimus ainsi que des larves et adultes d’Emblethis sp. ont été identifiés. Ces observations confirment que les phénomènes communément attribués aux « punaises du colza » peuvent en réalité impliquer parfois plusieurs espèces de punaises granivores.
![]() Nymphe de stade avance de Beosus maritimus | ![]() Nymphe supposée d’Emblethis sp. | ![]() Adulte d’Emblethis sp. |
Historique
Ce type de pullulation a été signalé à la DRAAF Auvergne-Rhône-Alpes pour la première fois en 2009, dans le département de la Drôme. En 2017, le réseau FREDON a reçu un signalement similaire provenant du même département. En 2018, cinq cas ont été rapportés dans la Drôme durant l’été et un sixième dans le Puy-de-Dôme en septembre.
Le phénomène a pris de l’ampleur en 2019, avec une quarantaine de communes concernées par des invasions.
En 2022, lors d’un été particulièrement chaud, de nouvelles invasions ont été signalées, tout d’abord à partir de fin juillet dans la Drôme, puis courant août dans le Puy-de-Dôme, l’Ain et l’Isère.
L’ampleur des pullulations a été particulièrement importante en 2025, avec 84 signalements centralisés entre le 29 juin et le 26 août, provenant de communes de plusieurs départements, principalement de l’Isère, du Puy-de-Dôme et de l’Ain.
Entre le 5 juillet et le 7 septembre 2026, 34 signalements ont été recueillis. Les épisodes de fortes chaleurs connus cet été dans une grande partie de la France ont également été associés à des phénomènes similaires dans d’autres régions. FREDON Auvergne-Rhône-Alpes a ainsi reçu des observations provenant notamment de Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire et Nouvelle-Aquitaine.
La biologie et surtout les facteurs conduisant à ces pullulations massives restent encore imparfaitement connus. En France, des dégâts sur jeunes colzas associés à des pullulations ont été documentés pour la première fois en 2009 et 2016.
Des phénomènes comparables ont été décrits à l’étranger, notamment en Tunisie avec Nysius cymoides, en Italie avec N. cymoides, en Espagne avec N. cymoides et Emblethis denticollis, et en Croatie avec Beosus maritimus.
Nysius cymoides est une espèce polyphage dont les dégâts ont été rapportés sur différentes cultures : colza en Iran, soja et quinoa en Italie, tomate, piment et jeunes oliviers en Tunisie, ainsi que sur différentes cultures de printemps-été lors de la pullulation espagnole de 2022, notamment haricot, pomme de terre et betterave.
Certains de ces épisodes sont récents : les premiers dégâts attribués à N. cymoides en Tunisie ont été signalés en 2018 et la pullulation de 2022 en Espagne constitue le premier épisode au cours duquel N. cymoides et Emblethis denticollis ont été décrits comme ayant un comportement de ravageurs dans ce pays.
Nuisibilité
Ces pullulations sont particulièrement impressionnantes et peuvent représenter une gêne importante pour les personnes qui y sont confrontées, proportionnelle à l’abondance des insectes.
Ces punaises sont phytophages et ne recherchent pas l’être humain ou les animaux pour se nourrir. Elles ne sont pas connues comme vectrices de maladies humaines et n’occasionnent pas de dégâts au bâti.
En revanche, lorsque les populations sont très importantes, leur activité alimentaire peut provoquer des dégâts sur certains végétaux.
Sur colza, les attaques concernent principalement les jeunes plantes : les fortes densités de punaises peuvent provoquer leur affaiblissement, leur flétrissement puis leur dessèchement, les symptômes débutant fréquemment en bordure de parcelle.
Les observations recueillies par l’institut technique Terres Inovia montrent une recrudescence des attaques intenses sur jeunes colzas, particulièrement marquée en 2026 d’après les résultats d’une enquête.
Moyens de Lutte
Une fois la culture récoltée, solliciter l’exploitant pour réaliser un traitement insecticide de la parcelle n’est pas une solution adaptée : la culture n’est plus en place et les possibilités d’intervention sont fortement limitées. Par ailleurs, les fortes populations observées dans les chaumes ne sont pas nécessairement associées à des dégâts sur la culture qui vient d’être récoltée.
À ce jour, aucune méthode préventive ayant démontré son efficacité ne permet d’empêcher de manière fiable les migrations massives vers les zones habitées.
Des traitements insecticides réalisés autour ou sur les habitations ne peuvent avoir qu'un effet ponctuel sur les insectes directement exposés et n'empêchent pas l'arrivée de nouveaux individus. Leur utilisation doit par ailleurs respecter strictement les usages et conditions d'emploi des produits concernés.
Des moyens mécaniques peuvent être utilisés : aspiration avec sac, élimination par l’eau ou nettoyage régulier des zones d’accumulation. La limitation des entrées dans les bâtiments (moustiquaires, fermeture des ouvertures, obturation temporaire des interstices) peut également réduire la nuisance.
Le phénomène d’invasion régresse généralement avec l’évolution des conditions météorologiques (baisse de températures, arrivée d’une période pluvieuse) et la diminution naturelle des populations.
Centralisation des signalements
FREDON tient à jour un recensement des cas de pullulations vers les habitations de manière à mesurer leur ampleur et dresser un bilan de la situation à la DRAAF et la Chambre Régionale d’Agriculture de la région Auvergne-Rhône-Alpes les années où elles surviennent.
Si vous êtes concernés en Auvergne-Rhône-Alpes, envoyez par email la date de votre observation, le nom de votre commune, accompagnés de photos à : FREDON AURA - Email : contact@fredon-aura.fr. Votre signalement contribuera au suivi régional du phénomène et à l’amélioration des connaissances sur sa répartition.
Si vous êtes un.e exploitant.e de parcelles semées en colza, avec des pullulations de punaises accompagnés de dégâts, répondez à l’enquête en cours de Terres Inovia.

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