Deux espèces de processionnaires
Les Processionnaires du pin (Thaumetopoea pityocampa D.&S.) et les Processionnaires du chêne (Thaumetopea processionea L.) sont des insectes (papillons) qui, au stade chenille, sont recouverts de poils urticants (soies).


Ces soies, que l’on retrouve sur les chenilles du 3e au 5e stade larvaire, dans les cocons, dans les nids et dans les sites d’enfouissement sont dangereux pour l’Homme et les animaux domestiques et peuvent garder leur potentiel urticant durant plusieurs années.
Quels risques pour la santé humaine ?

Les chenilles processionnaires provoquent, via la dispersion de leurs centaines de milliers de soies urticantes (0.1 – 0.2 mm), des atteintes cutanées, respiratoires, oculaires ou digestives. Dans des cas plus rares et plus graves, d’autres organes peuvent être touchés.
Les réactions irritatives et toxiques se traduisent chez l’Homme par des symptômes tels que prurit, érythème, urticaire, conjonctivite, lésion de la cornée, toux, mal de gorge, difficulté respiratoire, vomissement ou douleur abdominale. Des réactions allergiques sont possibles également en cas d’expositions importantes et répétées mais plus rares.
Ces atteintes sont problématiques pour la santé humaine et animale, entraînant des surcoûts de frais de santé. L’Anses a analysé, en lien avec les Centres antipoison (CAP) les cas d’exposition symptomatiques à des chenilles processionnaires : entre 2012 et 2019, 1300 cas ont été enregistrés.
Quels risques pour la santé animale ?
Les chenilles processionnaires du pin et du chêne représentent un danger majeur pour les animaux domestiques, en particulier les chiens et les chats, mais aussi pour les chevaux.
Attirés par leur déplacement en file indienne, les chiens sont les plus exposés car ils cherchent souvent à lécher ou attraper les chenilles. Le contact avec leurs poils urticants entraîne des réactions rapides et potentiellement graves.
Chez les animaux, les premiers symptômes apparaissent en moins de deux heures :
- Hypersalivation, vomissements
- Gonflement de la langue et des babines pouvant évoluer en nécrose
- Lésions douloureuses de la bouche et du museau
- Atteintes oculaires sévères (conjonctivite, kératite, lésions profondes)
- Irritations respiratoires pouvant conduire à une détresse vitale
Chez le chien, les lésions buccales sont les plus fréquentes, parfois si graves que la langue nécrosée doit être amputée. Chez le cheval, plus rarement touché, le contact ou l’ingestion des soies peut provoquer un gonflement de la tête et du cou, des ulcères buccaux ou un œdème laryngé.
Que faire ?
- D’abord, mettre des gants avant de toucher la bouche de votre chien car vous risquez également de présenter des signes cliniques parfois graves
- Lui rincer abondamment la bouche avec de l’eau froide (compter 10 à 15 minutes de rinçage).
- Contacter le plus rapidement possible un vétérinaire, car il s’agit d’une véritable urgence et le pronostic vital peut être engagé. Selon la sévérité des signes cliniques, le vétérinaire fera un traitement des symptômes dont les objectifs sont la lutte contre l’inflammation, la douleur et les surinfections possibles. Dans les cas graves, votre compagnon pourra être hospitalisé pour des mesures de réanimation.
Quelles conséquences sur les arbres ?
Les chenilles processionnaires, consommatrices de feuilles, peuvent impacter les espèces présentes en zones forestières ou en milieu urbanisé. Ces défoliations peuvent entraîner une réduction de croissance, généralement modérée mais plus marquée chez les jeunes arbres en pleine phase de développement. À long terme, l’impact reste limité sur la survie des arbres adultes, mais il peut avoir des conséquences sur la gestion forestière, notamment dans les zones méditerranéennes où les pullulations sont fréquentes.
La présence des chenilles impacte également les personnels intervenant dans les zones boisées (élagueurs, forestiers, agents de l’ONF, entreprises du paysage, etc.). Elle les oblige à porter des Équipements de Protection Individuelle (EPI), ce qui peut entraîner des surcoûts et parfois reporter certaines interventions.
Enjeux environnementaux et touristiques
Les chenilles processionnaires font partie du fonctionnement normal des écosystèmes et jouent un rôle dans le cycle de vie de plusieurs animaux, comme les mésanges, les chauves-souris ou d’autres insectivores. Leur présence peut donc être bénéfique pour certaines espèces et contribuer à l’équilibre du milieu.
Cependant, leurs soies urticantes sont potentiellement néfastes pour une partie de la faune locale, et une forte présence de chenilles peut entraîner des restrictions ou fermetures temporaires de sites touristiques, tels que les campings, forêts accessibles au public, sentiers de randonnée ou de VTT.


Réglementation
En France, Les Processionnaires du pin (Thaumetopoea pityocampa D.&S.) et les Processionnaires du chêne (Thaumetopea processionea L.) sont classé au code de la santé publique comme espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine.
Dans les départements concernés par la présence de processionnaires ou susceptible de l’être, le préfet détermine par arrêté préfectoral les mesures à mettre en œuvre sur ce territoire et leurs modalités d’application.
La plateforme de signalement des chenilles processionnaires : un outil au service de tous
Pour faciliter la gestion de cette espèce, la Plateforme de Signalement des chenilles processionnaires a été mise en place.
Toute personne peut signaler la présence de ces espèces sur une zone ou des symptômes liés à ces espèces après contact (irritations, conjonctivites, etc). Cette démarche vise à encourager une action collective et coordonnée pour gérer efficacement le risque représenté par ces espèces.
Signaler les populations de chenilles : à quoi ça sert ?
Les Processionnaires du pin et du chêne sont originaires de nos territoires : elles font parties intégrantes de nos écosystèmes. Ainsi, l’objectif n’est pas de les éradiquer mais bien de mettre en place une gestion raisonnée et adaptée à l’enjeu sanitaire qu’elles représentent. C’est pour cette raison que signaler la présence de ces chenilles ne signifie pas leur destruction systématique.
Lorsque la dynamique territoriale le permet, la situation est analysée par un référent local, qui détermine l’importance et la priorité d’une intervention, ainsi que la méthode la plus adaptée. Parfois, la destruction d’un nid sera nécessaire pour limiter les risques sanitaires, dans d’autres cas, une action de prévention sera priorisée ou alors la décision sera prise de ne pas intervenir.
Les signalements jouent également un rôle essentiel pour :
- Faire avancer la recherche scientifique et enrichir les connaissances sur les chenilles processionnaires.
- Réaliser des cartographies des populations afin de mieux comprendre leur dynamique et leur évolution. Ces données permettent également, dans une moindre mesure, la surveillance des modifications liées au changement climatique.
- Réagir efficacement en cas de mise en danger des populations humaines ou animales.
Aussi, la Plateforme de Signalement offre un outil de gestion aux référents et coordinateurs locaux. En effet elle permet aux gestionnaires de consulter et d’organiser les signalements, favorisant ainsi une gestion coordonnée et optimisée de la problématique.
Pour aller plus loin :
Vous pouvez retrouver l’ensemble des informations sur les chenilles processionnaires sur le site : chenille-risque.info
Contacts : chenille-risque@fredon-france.fr Tél : +33(0)7 45 10 44 95
Pour plus d’informations sur la gestion des chenilles processionnaires dans votre région contactez votre FREDON régionales.
Podcast Chenilles processionnaires : des larves un poil urticantes
Observatoire des chenilles processionnaires – FREDON France
Afin de renforcer la coordination des actions de prévention et de lutte contre les chenilles de Processionnaires, un Observatoire des chenilles processionnaires a été mis en place depuis juin 2021 par le Ministère chargé de la Santé en partenariat avec les ministères chargés de l’agriculture et de l’écologie et le ministère de l’Intérieur.
Objectif de l’Observatoire des chenilles processionnaires - FREDON France : favoriser l’action
Ses principales missions sont de :
- constituer un centre national de ressources en matière de chenille de Processionnaire,
contribuer à valoriser les connaissances sur les chenilles et notamment leurs effets sur la santé, - mettre en avant les actions durables de prévention ainsi que les données scientifiques et les projets de recherche en cours,
- développer des actions en partenariat avec les acteurs nationaux et de terrain (agences régionales de santé, services de l’État, collectivités territoriales, associations d’usagers et environnementales, agriculteurs, gestionnaires des milieux concernés, etc.).
L’Observatoire met en valeur les actions efficaces pour un meilleur contrôle du développement des chenilles de Processionnaires et une réduction de leurs impacts sur la santé et les milieux.
Les membres du Comité technique de l’Observatoire
Le comité technique se réunit deux fois par an pour suggérer, accompagner et aider la mise en œuvre des actions de l’Observatoire des chenilles processionnaires. Il réunit de nombreux représentants des différents acteurs concernés par la problématique des Processionnaires du pin et du chêne : professionnels de santé humaine et animale, experts de la gestion forestière, experts entomologistes, collectivités territoriales, gestionnaires de milieux, associations d’usagers et de protection de l’environnement, etc. C’est cette diversité qui en fait sa richesse.