Le frelon à pattes jaunes (Vespa Velutina) est une espèce exotique envahissante originaire d’Asie, arrivée accidentellement en France en 2004. Depuis, il a été observé près de 42 000 fois sur le territoire français, mais ce chiffre est très inférieur à la réalité. En effet, seuls les cas pour lesquels un signalement a été effectué sont comptabilisés, or beaucoup ne le sont jamais. Ce frelon représente une menace pour la biodiversité : il s’attaque aux insectes pollinisateurs (abeilles), essentiels à la pollinisation, et provoque des perturbations dans les ruchers. De plus, il est de plus en plus présent près des habitations, ce qui augmente les risques pour les humains.
Appelé à tort « frelon asiatique », cette appellation est désormais évitée, car elle peut prêter à confusion. On privilégie aujourd’hui l’appellation « frelon à pattes jaunes », adoptée par l’Entomological society of America, plus claire et descriptive.
Reconnaître le frelon à pattes jaunes

Le frelon à pattes jaunes se reconnaît facilement à sa couleur sombre. Son corps est majoritairement noir, avec une large bande orange sur l’abdomen. Le premier segment de l’abdomen porte un fin liseré jaune. Vu de face, sa tête est orange, et l’extrémité de ses pattes est jaune, d’où son nom. Sa taille varie entre 17 et 32 millimètres, soit à peu près la longueur d’un bouchon de stylo.
Il arrive souvent de le confondre avec le frelon d’Europe. Pourtant, plusieurs détails permettent de les distinguer. Ce dernier est plus clair, avec une dominante jaune et une tête rouge. De plus, le frelon d’Europe installe son nid dans des troncs d’arbres ou des cavités creuses, tandis que le frelon à pattes jaunes peut construire ses nids en hauteur dans les arbres, mais également à des hauteurs plus basses, comme sous des toits, dans des haies ou des bâtiments.
Le cycle de vie du frelon à pattes jaunes
Le frelon à pattes jaunes, fait partie de la même famille que les abeilles, les guêpes et les fourmis : les hyménoptères. C’est un insecte diurne, actif uniquement le jour. Le cycle de vie du frelon est annuel.
Comment évolue la colonie ?

Au printemps (mars à juin), la reine fondatrice, seule survivante de l’hiver, construit un petit nid primaire. Elle y pond les premiers œufs et nourrit seule les larves. Ces dernières deviennent les premières ouvrières, qui prennent ensuite le relais pour agrandir le nid et nourrir la colonie. La reine peut alors se consacrer uniquement à la ponte. À partir de juillet, l’activité s’intensifie et le nombre d’individus augmente fortement. Cela explique pourquoi un plus grand nombre d’individus est observé à partir de juillet jusqu’en décembre.
À l’automne (octobre-novembre), la reine donne naissance à une nouvelle génération de femelles reproductrices et de mâles. Après l’accouplement, seules les femelles fécondées survivent : elles partent hiverner dans des endroits protégés comme des troncs pourris ou sous la litière, seules ou par petit groupe de deux ou trois. Ce sont elles qui fonderont les nouvelles colonies au printemps suivant, inaugurant ainsi un nouveau cycle annuel. Tous les autres frelons, y compris la reine, meurent avant ou pendant l’hiver.
Au total, un nid peut produire plus de 13 000 individus dans une saison. À l’automne, il peut contenir jusqu’à 2 000 ouvrières et plus de 500 futures fondatrices. En comparaison, c’est cinq fois plus que le frelon européen.
Les nids ne sont jamais réutilisés d’une année sur l’autre. Au début du printemps, on peut parfois y voir quelques femelles non fécondées restées bloquées par le froid, mais elles sont incapables de fonder une colonie.
Où s’installent les nids ?
Le nid primaire, construit par la fondatrice se trouve souvent dans un endroit abrité comme un abri de jardin, un trou de mur ou même dans des buissons. Il est souvent placé à faible hauteur. Il faut avoir un certain sens d’observation, à cause de la petite taille des nids primaires, on ne les voit qu’à portée de main. Ce nid ressemble à une petite boule de papier, de la taille d’une orange, avec une fine enveloppe.
Au fil de la saison, si l’endroit devient trop étroit ou inadapté, la colonie déménage. Environ 70 % des colonies changent d’emplacement durant l’été. Le nouveau nid, plus grand, est parfois dans les arbres, à plus de 10 mètres de hauteur. Mais dans la pratique, notamment dans les zones où la lutte est bien organisée, environ 20% des nids sont repérés à moins de 20 mètres de hauteur. On le trouve aussi souvent sur des bâtiments ou dans des haies. Il peut mesurer jusqu’à 1 mètre de haut pour 80 cm de diamètre, et il a une forme ronde ou de poire, avec une petite entrée sur le côté.


Origine et milieux de vie du frelon à pattes jaunes
Le frelon à pattes jaunes (Vespa velutina), est originaire d’Asie, notamment du nord de l’Inde, de la Chine, du Sud-Est asiatique et des montagnes d’Indonésie. Il y vivait à l’état naturel dans des milieux forestiers et montagneux. Son aire de répartition s’est progressivement étendue à des zones périurbaines, notamment au Japon et en Chine, en lien avec l’urbanisation croissante.
Il aurait été introduit accidentellement en France vers 2004, probablement via une livraison de poteries chinoises dans le Lot-et-Garonne. Une reine fécondée, cachée dans une cargaison, se serait échappée lors du déballage, marquant le point de départ de son implantation en Europe. Depuis, l’espèce a connu une expansion rapide, colonisant une grande partie du territoire français, à raison de 78 km par an en moyenne, et s’étendant progressivement à d’autres pays d’Europe (Espagne, Portugal, Italie, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni…).
Répartition géographique du frelon à pattes jaunes en France
Près de 42 000 observations sur le territoire français métropolitaine, mais ce chiffre est très inférieur à la réalité. En effet, seuls les cas pour lesquels un signalement a été effectué sont comptabilisés, or beaucoup ne le sont jamais. Ces observations sont majoritairement retrouvées dans des zones urbaines ou périurbaines ainsi qu’en zones agricoles.
Depuis son introduction, le frelon à pattes jaunes a montré un forte capacité d’adaptation à divers milieux. En France, il est désormais présent bien au-delà des milieux forestiers, occupant une grande variété d’habitats : prairies ouvertes, haies, zones agricoles (maraîchage, arboriculture, viticulture), abords de bâtiments, jardins, parcs publics. Il évite cependant les forêts denses composées uniquement de conifères, comme celles des Landes.
Un prédateur redoutable pour les abeilles
Le frelon à pattes jaunes consomme une grande diversité d’insectes, dont des guêpes, des mouches, des papillons et des araignées. Il s’intéresse particulièrement aux abeilles domestiques, notamment parce qu’elles se concentrent autour des ruches.
Il chasse selon une technique caractéristique. En effet, il se place en vol stationnaire devant l’entrée de la ruche et intercepte les butineuses à leur retour, quand elles sont chargées de pollen. Il les saisit en vol, les décapite à l’aide de ses puissantes mandibules, puis les transporte dans un arbre pour les découper. Il en extrait principalement le thorax, riche en protéines, qu’il transforme en boulette pour nourrir les larves de sa colonie.
Les frelons arrivent à rentrer dans les ruches, bien qu’étroites, et à les piller, une fois les abeilles affaiblies. Leur présence fréquente à proximité gêne fortement les abeilles. Stressées, celles-ci sortent moins. Cela limite l’apport de nectar et de pollen, surtout en fin de saison, quand la colonie prépare ses réserves pour l’hiver. De plus, une dizaine de frelons à peine suffit pour réduire une ruche entière.
Quels risques pour l’homme ?
Contrairement aux frelons géants, le frelon à pattes jaunes ne présente pas de danger particulier pour l’homme dans des conditions normales. Contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas agressif tant qu’il ne se sent pas menacé, et il est possible d’observer un nid à distance, généralement à plus de 10 mètres, sans risque.
La majorité des piqûres surviennent lorsque des personnes tentent de détruire un nid, ou bien lorsqu’un contact accidentel se produit (en jardinant notamment lors de la taille des haies ou en secouant une branche). La piqûre du frelon, bien que douloureuse, n’est pas plus dangereuse que celle d’une guêpe ou d’une abeille. Toutefois, certaines situations peuvent présenter un risque accru.
Une piqûre dans la bouche ou la gorge, ou encore des piqûres multiples, peuvent également entraîner des complications graves. Dans ce type de cas, ou si des signes de réaction généralisée apparaissent (difficultés respiratoires, malaise, gonflement important, etc.), il est essentiel de contacter immédiatement les secours.
En dehors de ces situations, les piqûres sont le plus souvent sans gravité. Il est conseillé de désinfecter la zone avec de l’eau et du savon et d’utiliser un antiseptique. Pensez également à retirer rapidement toute bague si la piqûre se situe au niveau de la main. L’application modérée d’une source de chaleur (air chaud d’un sèche-cheveux) peut parfois aider à atténuer la douleur, à condition d’éviter tout risque de brûlure.
Il faut toutefois faire preuve d’une prudence particulière à proximité des gros nids, notamment ceux que les frelons installent à portée de main (haies, bâtiments, etc.). Les nids en haut des arbres présentent moins de risques car ils sont hors d’atteinte. Plus la colonie grandit, plus les frelons augmentent le risque de réaction défensive collective si quelqu’un s’approche trop près du nid ou le dérange. Dans ces cas, les ouvrières peuvent attaquer en groupe et infliger de nombreuses piqûres, ce qui peut représenter un réel danger, y compris pour des personnes non allergiques.
Réglementation du frelon à pattes jaunes
Au niveau européen
Le frelon asiatique figure dans la liste des espèces exotiques envahissantes (EEE) préoccupantes pour l’Union européenne qui a été adoptée au niveau communautaire le 13 juillet 2016 (règlement d’exécution (UE) 2016/1141), conformément aux dispositions du règlement (UE) nº 1143/2014 du 22 octobre 2014 du Parlement européen et du Conseil du 22 octobre 2014 relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes.
Au niveau national
L’article L. 411-6 du code de l’environnement interdit, dans un souci de préservation du patrimoine biologique, des milieux naturels et des usages associés, toute introduction, détention, transport, colportage, utilisation, échange, mise en vente, vente ou achat de spécimens vivants d’espèces exotiques envahissantes (EEE). Cette liste, fixée par l’arrêté ministériel du 14 février 2018 co-signé par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, comprend le frelon à pattes jaunes.
Le frelon à pattes jaunes n’est en revanche pas classé comme espèce nuisible pour la santé humaine par le ministère en charge de la Santé.
Une mobilisation nationale contre le frelon à pattes jaunes
Le 6 mars 2025, l’Assemblée nationale a adopté une loi pour renforcer la lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes. Cette avancée majeure vise à protéger les abeilles, la biodiversité, mais aussi la sécurité publique face à cette espèce invasive.
Un plan de lutte renforcé depuis 2024
FREDON France et GDS France, en lien avec les pouvoirs publics, proposent depuis 2024 un plan national de lutte contre le frelon à pattes jaunes.
Des outils pour informer et sensibiliser
Afin de soutenir la mise en place de ce plan, plusieurs ressources ont été mises à disposition :
- Une synthèse de 4 pages à destination des professionnels, présentant les points essentiels du dispositif
- Un flyer « grand public » pour sensibiliser et mobiliser le plus grand nombre autour de la lutte contre le frelon asiatique
Ces supports sont conçus pour les professionnels, les collectivités, et le grand public, dans le but d'améliorer la gestion et la prévention face à cette menace environnementale.
Les moyens de luttes
Plusieurs moyens sont possibles afin de lutter contre le frelon à pattes jaunes. Parmi eux, on retrouve le piégeage de printemps avec des pièges adaptés, la détection et destruction des nids primaires et secondaires, ainsi que la réduction du stress des colonies (utilisation de muselières sur la planche d’envol des abeilles, harpes électriques, pièges sélectifs). Le moyen de lutte est à adapter selon la saison et la densité de frelons à pattes jaunes.
Pour en savoir plus sur les moyens de lutte.
Que faire si vous avez découvert un nid de frelon ?
Si vous avez découvert un nid de frelon asiatique, ne cherchez en aucun cas à le détruire vous-même, ne prenez pas de risque. Gardez une distance de sécurité d’au moins 10 mètres..
La bonne réaction consiste à signaler le nid. Vous pouvez le faire directement auprès de votre mairie, qui est souvent informée des dispositifs locaux de surveillance et de lutte.
Dans la plupart des départements, un système est en place pour recenser les nids et organiser leur destruction par des professionnels agréés. Il ne faut jamais tenter de détruire un nid soi-même : l’intervention nécessite un savoir-faire spécifique et du matériel adapté. S’il existe un programme de lutte collective dans votre département, vous pouvez prendre contact avec le GDS ou la FREDON régionale qui s’en charge. Vous pouvez également contacter votre mairie qui dans la plupart des cas saura vous informer.
La destruction du nid n’est pas obligatoire mais fortement conseillée. Les FREDON régionales ou les GDS organisent la lutte mais le coût reste à la charge du propriétaire. La question du financement de la destruction dépend du lieu où vous vous trouvez. Dans certaines communes, les coûts sont, en partie, pris en charge par les collectivités locales ou départementales.
Podcast Fredonnons la nature - Frelon asiatique : la terreur des ruches
Pour plus d’informations sur la gestion du frelon à pattes jaunes dans votre région contactez votre FREDON régionale.