Le ragondin
Agir ensemble pour préserver nos cours d’eau, nos territoires et notre santé
Espèce exotique envahissante, le ragondin fragilise les berges, endommage les ouvrages hydrauliques, peut occasionner des dégâts aux cultures et peut être vecteur de maladies transmissibles à l'Homme. Pour limiter ses impacts, FREDON Centre-Val de Loire coordonne des programmes de lutte collective départementaux avec les collectivités et les réseaux locaux de piégeurs.
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Pourquoi lutter collectivement contre le ragondin ?

Des berges fragilisées et des milieux naturels modifiés
En creusant ses terriers, le ragondin déstabilise les berges et peut contribuer à l’érosion, aux effondrements et à l’envasement des cours d’eau. Gros consommateur de végétaux aquatiques, il peut dans certains cas, engendré une forte réduction voire une élimination des végétaux aquatiques dans les secteurs à forte densité. Cela entraîne alors une modification des conditions de courant qui, à son tour, entraîne une modification des conditions nécessaires à la survie des espèces. La plus fréquemment citée est la disparition des zones de frayères pour plusieurs espèces de poissons, ce qui est probablement aussi le cas pour les zones de ponte de plusieurs mollusques et insectes aquatiques.

Des dégâts sur les ouvrages hydrauliques
Les dégâts aux ouvrages hydrauliques touchent le plus souvent des vannages, des digues, des levées ou des remblais mais aussi des buses, abreuvoirs ou chemins. Une digue ou une levée percée par des terriers devient le siège de pertes d’eau. Celles-ci sont en général faibles, mais peuvent devenir importantes, voire catastrophiques en cas de rupture.
Le ragondin apparaît également comme un problème signalé sur les digues des stations d’épuration par lagunage.

Des dégâts aux cultures
Herbivore peu sélectif, il consomme naturellement une grande variété d’espèces végétales (au moins 31 dont maïs, blé, …). Sa taille importante lui impose des besoins nutritionnels élevés, en moyenne 40% du poids de l’animal soit 1,2 à 2,5 kg de végétaux frais par jour pour un ragondin adulte. La végétation naturelle couvre l’essentiel de ces besoins à la belle saison. Toutefois, à l’automne, lorsque la disponibilité de nourriture dans le milieu naturel diminue et que les populations de ragondins se trouvent à leur maximum, de nombreux dégâts sur cultures sont constatés. Ces dégâts sont principalement localisés le long des voies d’eau.

Un enjeu sanitaire
Des parasites comme la Grande Douve du foie ou des maladies bactériennes comme la Leptospirose peuvent être transmis par ce rongeur.
La leptospirose est une zoonose, c’est-à-dire une maladie transmissible de l’animal à l’homme et inversement. Les bactéries responsables ne peuvent survivre qu’en milieu aqueux (eau, sang, urines, …). La pénétration se fait au travers des muqueuses (œil notamment). La maladie peut causer la mort de l'Homme. Les animaux peuvent également contracter la maladie, provoquant des avortements chez les bovins et de nombreux décès chez les chiens.
Fonctionnement de la lutte collective
La lutte contre les rongeurs aquatiques envahissants repose sur la coordination des acteurs du territoire et sur l’intervention d’un réseau de piégeurs.
1. Les collectivités s'engagent
Les communes, communautés de communes ou gestionnaires de milieux aquatiques participent au programme via une adhésion à FREDON CVL, selon les modalités départementales.
2. FREDON CVL coordonne le dispositif
Animation territoriale, accompagnement des collectivités, mobilisation du réseau de piégeurs et mise à disposition de cages-pièges selon le programme.
3. Les piégeurs interviennent sur le terrain
Les captures sont réalisées par un réseau local de piégeurs agréés, selon les modalités et les règles applicables.
4. Le dispositif est suivi dans le temps
Le suivi des captures et les bilans permettent d'apprécier l'activité du programme et d'accompagner son évolution.
Mieux connaître le ragondin
Origine du ragondin
Le ragondin (Myocastor coypus (MOLINA, 1782)) est un animal originaire d’Amérique du Sud introduit en France au XIXème siècle en vue de son exploitation pour sa fourrure (un élevage de ragondins en captivité est signalé dès 1882 en Indre-et-Loire). La valeur commerciale de sa fourrure, sa bonne adaptation aux conditions climatiques et son bon taux de reproduction ont grandement favorisé la multiplication des élevages en France. L’emploi d’enclos inadaptés a permis le retour à la liberté de beaucoup de ces animaux. À ces évasions s’ajoutent des lâchers volontaires par des éleveurs en faillite lors de la crise des années 30.
Habitats
Dans les pays d’introduction, l’habitat de ce rongeur est très diversifié puisqu’il occupe les zones de marais, les rivières, les fossés de drainage, les étangs et les « trous d’eau », les retenues collinaires et d’eau potable ou encore les lagunes des stations d’épuration. Les digues, avec leur communauté de plantes aquatiques et semi-aquatiques, sont une importante composante de cet habitat, ainsi que les marais et étendues de roseaux. Le terrier, généralement localisé le long des cours d’eau, est un système complexe de chambres et de couloirs pouvant s’étendre sur plusieurs mètres. Le terrier est souvent une ancienne habitation de rat musqué (Ondatra zibethicus) dont les tunnels sont élargis pour atteindre un diamètre de 20 à 23 cm.
Régime alimentaire
Les ragondins sont à peu près strictement herbivores. Une des caractéristiques principales de leur régime alimentaire est qu’il recouvre une très large variété de plantes permettant ainsi leur adaptation à des milieux très variés. Une des conséquences fâcheuses de la stratégie alimentaire très diversifiée du ragondin est qu’elle permet l’utilisation d’une grande variété de cultures, à plusieurs stades de croissance : betterave à sucre, navets, pommes de terre, choux, céréales, … Du fait qu’il mange ce qui est disponible et abondant dans son habitat, le ragondin peut être qualifié d’opportuniste.
En captivité, le ragondin consomme 25 à 41% de son poids chaque jour en aliments aqueux. De plus, lors de l’alimentation, les déchets qu’il laisse représentent 40 à 85% du poids total de plantes coupées.
Reproduction et facteurs influençant les populations
Le ragondin est un animal prolifique. Dans nos régions, son cycle reproducteur peut se simplifier ainsi : un couple donne au printemps 4 petits, soit 2 couples supplémentaires (la répartition mâle-femelle est à peu près égale). Au cours de l’été, ces 3 couples ont une autre portée (soit 12 jeunes). En un an, un seul couple engendre donc 16 nouveaux individus.
Les prédateurs naturels du ragondin (caïman et félins comme le jaguar, le puma et l’ocelot) ne sont évidemment pas présents dans les pays d’introduction. En France, seuls les jeunes sont vraisemblablement victimes de quelques espèces comme l’Hermine, le Renard, la Loutre, le Putois, … De même, il n’a pas de véritables compétiteurs, mis à part peut-être le castor européen (Castor fiber). En revanche, la présence du ragondin gêne considérablement le rat musqué et potentiellement d’autres espèces de mammifères ou d’oiseaux.
Le ragondin est susceptible de contracter de nombreuses maladies, qu’elles soient bactériennes ou virales, certaines étant transmissibles à l’homme et aux animaux. L’effet de ces différentes infections sur la population des ragondins est cependant très difficile à évaluer. Le seul facteur important de mortalité connu est le froid. Le gel et la neige rendent en effet la nourriture du ragondin inaccessible et empêchent ses déplacements. Cependant, le taux de mortalité est significatif seulement si ces conditions perdurent plusieurs jours.
Règlementation
En raison de son statut d'espèce exotique envahissante (EEE), le ragondin est encadré par des réglementations européennes ainsi que par le Code de l'Environnement, le Code Rural et de la Pêche Maritime, et le Code de la Santé Publique en France.
Règlement européen relatif à la prévention et à la gestion de l'introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes
Dans un objectif de prévention, réduction et atténuation des effets néfastes sur la biodiversité de l'introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes au sein de l'Union Européenne, le règlement n°2014/1143 du 22 octobre 2014 autorise l'établissement par chaque Etat membre d'une liste des espèces jugées préoccupantes sur son territoire. Le règlement d'exécution n°2016/1141 du 13 juillet 2016 établit une première liste des Espèces Exotiques Envahissantes préoccupantes pour l'Union Européenne (complétée en 2017, 2019 et juillet 2022). Au total, 88 espèces sont inscrites dans cette liste : 47 espèces animales, dont le ragondin, et 41 espèces végétales.
Code de l'Environnement (stratégie nationale sur les Espèces Exotiques Envahissantes)
Le Code de l’Environnement intègre les mesures règlementaires visant à agir contre le ragondin. L’article L.411-6 interdit sur le territoire national l'introduction, la détention, le transport, le colportage, l'utilisation, l'échange, la vente ou l'achat de tout spécimen vivant d'EEE, dont la liste est fixée par l'arrêté ministériel du 14 février 2018 et dont fait partie le ragondin. L’article L.411-8 définit quant à lui les opérations de lutte : le préfet de département peut « procéder ou faire procéder à la capture, au prélèvement, à la garde ou à la destruction de spécimens » de l’espèce par arrêté préfectoral.
Code de la santé publique
Le Code de la Santé Publique aborde les questions relatives aux risques sanitaires liés aux zoonoses, incluant la leptospirose, une maladie transmissible par le ragondin.







